Bill O’Hanlon et Sandy Beadle, STAS 1997A notre idée, la thérapie concerne l’aide que l’on peut apporter aux autres pour qu’ ils retrouvent l’espoir et les perspectives qu’ils ont perdus à cause de leurs souffrances et de leurs peines.

Les éléments ci-dessous suivent à peu près l’ordre de ce que je fais au cours d’une conversation thérapeutique type (mais, comme nous l’avons déjà dit, dans la réalité il n’existe pas de séance type). Bien sûr, pour l’essentiel, les choses que je fais s’entremêlent, mais nous les distinguons ici pour les décrire…

1. Acceptation et possibilités

Il peut sembler évident de commencer par l’acceptation, mais le type d’acceptation que nous recommandons est inhabituel, et c’est l’une des clefs de l’efficacité thérapeutique. Chaque fois que le client nous laisse entendre que nous ne comprenons pas ou que nous avançons trop vite, nous nous assurons de faire preuve d’acceptation. Nous nous assurons, tant verbalement que non verbalement, que les clients se sentent entendus et approuvés.

Nous avons de la thérapie une image qui évoque le curling. Avez-vous déjà entendu parler de ce sport appelé curling ? Cela se joue sur la glace. Les joueurs disposent d’un balai ; quelqu’un lance un gros palet et les joueurs balaient la glace devant celui-ci pour le faire glisser le plus loin possible Comme ces joueurs de curling, nous allons passer le balai devant les personnes avec qui nous travaillons en thérapie, balayer pour dégager des perspectives. Et si nous devons balayer près du palet, il vaut mieux que nous prêtions attention à l’endroit où il se trouve à tout moment, et non pas à l’endroit où nous pensons qu’il devrait se trouver. Transposé au monde de la thérapie, cela signifie qu’il vaut mieux que nous soyons attentifs à l’endroit où se trouvent nos clients plutôt qu’à notre théorie à propos de là où ils devraient être.

Certaines personnes passent parfois l’essentiel de la séance à nous dire : « Il n’y a aucun espoir! » Et nous restons sourds à ce qu’ils nous disent et nous répétons : « Il y a de l’espoir ! Il y a de l’espoir! » Ce n’est certes pas là une bonne manière de faire avancer les choses. Au lieu d’essayer de les convaincre qu’ils ont tort, nous pouvons tout d’abord accepter leur vérité, et même explorer avec eux les vertus de différentes approches cyniques ou fatalistes de la vie. Ou bien nous pouvons aussi passer complètement l’espoir sous silence, et rechercher le moindre petit changement qui pourrait faire une différence. Aucune fierté mal placée ne nous interdit de nous servir de la moindre chose qui, à notre idée, pourrait aider.

Si nous continuons à balayer là où nos clients ne sont pas, nous n’irons pas loin. Ils risquent de continuer à nous dire et à nous montrer à quel point ils sont malades ou fous et à quel point ils doivent continuer à faire telle ou telle chose, et à nous montrer que nous minimisons un problème qui est en fait énorme. Ou alors ils vont aller voir quelqu’un d’autre qui les comprendra!

Une façon de contourner ce dilemme est d’accepter nos clients d’une manière telle que nous reconnaissions le point où ils en sont maintenant, sans leur imposer nos théories, et sans non plus baisser les bras en pensant que la situation est sans espoir.

2. Changer la façon de voir

Par « façon de voir» nous entendons ce à quoi le client et les autres personnes concernées par le problème prêtent attention et quelle signification ils en donnent. Après avoir accepté chacun avec ses sentiments et ses points de vue, nous offrons de nombreuses occasions à chaque personne concernée de prêter attention à des aspects différents de la situation, et d’en arriver à de nouvelles conclusions ou explications sur ce qui s’est passé et ce qui pourrait se passer dans l’avenir. C’est déjà ce que nous faisons par l’acceptation, et que nous poursuivons tout au long de la conversation thérapeutique.

C’est plus qu’un «recadrage» (dans lequel le thérapeute donne une nouvelle explication du problème). Ici interviennent la curiosité inépuisable du thérapeute et la cocréation de nouvelles perspectives. Il nous arrive souvent d’offrir des possibilités et de poser des questions par curiosité. Mais dans ces cas, nous veillons à bien faire comprendre aux clients qu’ils peuvent (et doivent) nous corriger si nous sommes hors de propos. A notre idée, les clients sont les experts ultimes pour ce qui concerne leur vie et leurs expériences : ils nous apprennent en permanence ce qui leur convient et ce qui ne leur convient pas.

3. Problèmes et objectifs

Si vous ne savez pas où vous allez, vous y arriverez probablement ! Afin d’éviter un résultat aussi déconcertant, et pour nous guider sur le client comme il se doit, nous nous attachons à parvenir à une conception claire de l’endroit où faire porter nos efforts de changement. Nous tenons à préciser comment nous saurons que nous sommes arrivés et qu’il est temps de terminer la thérapie parce qu’elle est réussie !

Nous nous rappelons de l’amusante prière du film de Mel Brooks Blazing Saddles, Le shérif est en prison, au moment où le pasteur bénit une bataille : «Mon Dieu, ce que nous allons faire ici aujourd’hui, est-ce vraiment important ou bien sommes-nous juste en train de nous masturber ? » Nous tenons à l’idée que la thérapie n’est pas juste de la masturbation (non pas que nous ayons quoi que ce soit contre la masturbation en général, mais vous saisissez ce que nous voulons dire); il s’agit d’une conversation qui a un but précis, qui est supposée avoir un certain effet : soulager la souffrance dont les clients se plaignent en arrivant!

4. Ressources

Les gens peuvent ou non avoir toujours les ressources nécessaires pour faire les changements qu’ils souhaitent, mais on peut les aider à trouver ces ressources. Il vaut mieux partir de cette hypothèse et laisser éventuellement les événements nous donner tort, plutôt que de partir avec l’idée que les gens souffrent d’incompétence et de déficiences. Car bien souvent nos clients confirment avec obligeance nos théories et nos hypothèses ! Parfois, nous devons rechercher des ressources dans le passé, ou dans des domaines épargnés par le problème; quelquefois nous devons rechercher des ressources au niveau social ou dans l’environnement de la personne. Quelle aide que d’être plein de ressources!

5. Changer la façon de faire

En fin de compte, pour que la thérapie crée une différence dans la vie des gens, elle doit avoir une influence sur leurs actions. Nous nous attachons à obtenir la description des actions (le « faire ») en cause dans le problème ; nous essayons d’identifier d’éventuels schémas répétitifs dans ces actions, puis nous prenons des dispositions particulières pour aider la personne à modifier ces actions et ces schémas.