« J’ai mis plusieurs années à me décider à écrire ce livre et cela pour différentes raisons. La principale était d’être capable de pouvoir témoigner de ce voyage vers l’être, en traversant la personnalité et en se frottant à ses gardiens illusionnistes et puissants que sont les masques. Témoigner de manière authentique en respectant le plus possible les énergies, les difficultés et les réelles ouvertures qu’offrait ce voyage. Témoigner enfin et surtout pour que cela vous aide dans votre propre compréhension, dans votre tolérance, et dans votre propre latitude de création de la vie, autour de vous et en vous.

Ce livre est là pour témoigner d’espaces de vie, dans leurs différences et leurs spécificités, mais pas pour les isoler et pour les considérer avec distance, mais pour permettre la rencontre, la compréhension, l’union créatrice dans la relation entre les personnes ou à l’intérieur de vous.
Après avoir rencontré et travaillé avec tant de personnes, je sais aujourd’hui que cette recherche et ces découvertes sont des vecteurs puissants d’apprentissage de soi, des autres, de la capacité à être en relation, et de la capacité à créer des solutions, là où tout semblait être écrit.
Et pourtant, je me souviens….

Un jour, j’ai fait partie de ceux et de celles qui ne s’intéressent à personne, ni aux autres ni à eux-mêmes, et qui, peut-être, considèrent comme des balivernes toute tentative d’explication et d’exploration de l’âme humaine.
Un jour, j’ai fait partie de ceux et de celles qui pensent que l’on est comme on est, et que l’on ne change pas ! J’étais juste là, au creux d’un masque, c’était confortable, j’avais de bonnes raisons d’y être ou d’y rester. C’était vraiment trop raisonnable de s’identifier ainsi de fait à un masque pour le meilleur et pour le pire, sans même savoir à quel moment je lui avais dit « oui » !
Un jour, j’ai fait partie de ceux et de celles qui étaient enfermés dans un rôle, du gentil ou du méchant, de celui qui apporte ceci ou qui apporte cela, de celui qui a un avenir comme celui-ci ou comme celui-là.
Un jour, j’ai fait partie de ceux et de celles qui se sont nourri, avec entrain, de livres et d’expériences de développement personnel, et qui bien que motivés, s’y sont parfois un peu perdu…
Un jour, j’ai fait partie de ceux et de celles qui ont souffert et qui avaient une partie d’eux dans l’ombre, rejetée ou ignorée… Ma personnalité ne savait trouver la paix ni mon être la plénitude, sans pouvoir porter un regard sur cet espace.
Un jour j’ai fait partie de ceux qui avaient accédé à un état supérieur de développement de leur être qui ne nécessitait en rien les enseignements de cet ouvrage. Prisonnier de mes pouvoirs, j’étai seul, inaccessible et intransportable.
Un jour, j’ai fait partie de ceux et de celles qui étaient loin de chez eux, et qui par instant sentaient la douce chaleur de l’Humanité sans pouvoir pour autant la localiser.
Chaque jour, j’ai existé et tenté d’être.
Aujourd’hui, j’ai décidé de vous offrir ce livre et de rester dans cette humanité représentée par chacun des exemples ci-dessus. Ce livre est un voyage, comme une métaphore, où nous allons traverser le miroir devant nous. Nous allons vivre différentes dimensions, distorsions, différentes possibilités, différentes invitations. Ces invitations font appel à notre propre humanité, et demande une ouverture très active pour pouvoir être touché par la beauté de ce voyage. Ne restez pas dans le bus Pullman avec l’air climatisé, en prenant des photos derrière la vitre en plexiglas, mais rencontrez ces histoires en goûtant les plats, en ressentant la température, en tentant une danse locale…
Nous allons commencer le voyage de ce livre sur les terres des masques.
Je serais surpris que vous ayez un saut de joie en pensant à votre relation au masque… L’évocation des masques engendre le plus souvent une opinion négative de ce qui dissimule, de ce qui cherche à cacher. De temps en temps cette évocation nous amène vers le désir d’autorisation, de permission, permission à caractère exceptionnel.

Nous allons considérer ici le masque comme quelque chose qui révèle. Qui nous révèle. Nous allons les rencontrer dans leur personnification du théâtre italien, la commedia dell’Arte, mais nous allons nous extraire des attendus d’un personnage, pour les appréhender dans leur dimension d’archétypes, dans leur modernité et dans leur universalité. Une différence très claire avec la commedia dell’Arte, c’est que les personnages qui s’y retrouvent y sont dépeints pour les travers et les vices dont ils sont capables, dans des scenarii préétablis. Ici, nous allons les rencontrer, aussi avec leur potentialité, leur côté « ressources », car même si vous pourrez retrouver dans ce livre des côtés néfastes propres à chacun des masques, c’est vers les alternatives qu’ils nous offrent et leurs qualités les plus profondes que nous pourrons trouver des sources d’inspiration.

Il est à noter que ces interlocuteurs masqués pourraient être encore affinés à l’infini et présentés de manière innombrable et nous perdre ainsi dans l’extrême diversité de l’expression humaine.

Ce livre va vous présenter sept masques qui portent des caractéristiques très différentes. Je ne les considère pas dans une dimension typologique séparant et occultant la diversité et l’unicité des êtres, mais plutôt dans une dimension de rencontre avec la relation à différents espaces de vie. Je ne les prends pas comme des espaces définis, mais comme des modes de transport nous permettant de toucher l’expérience humaine.

Comme avec les sept notes de musique, à partir des masques que nous allons rencontrer, nous allons pouvoir rechercher notre propre composition et réaliser une véritable symphonie. Il s’agit de mettre en perspective et en jeu des matériaux de base à la dimension humaine, de les illustrer dans leur dimension comportementale, émotionnelle, psychologique et sociale. Le même masque jeté dans des univers différents prend des allures et des trajectoires bien différentes. Cela rend leur appréhension plus progressive, commençant par la recherche de l’essentiel de leurs caractéristiques, les fondements à partir desquels se dessinent leurs réactions, leurs expressions, leurs états d’âmes.

Le voyage de ce livre va ensuite continuer sur les rives de la personnalité. Nous regarderons non pas la personnalité comme une chose fixe définissant l’individu mais comme un ensemble de forces en présence (des Personae) qui s’enchevêtrent dans leur naissance et dans leurs évolutions. Nous comprendrons leurs liens, leurs cohérences et incohérences. Nous y mettrons une dimension très personnelle, très vivante, en y rajoutant nos peurs, notre corps, notre conscience, notre amour, notre unicité. Nous en jouerons de cette possibilité pour nous de métamorphose, de changement intérieur, de capacité à devenir, en faisant des alliances entre des éléments de nature différente.

Nous finirons dans l’espace de l’être. Nous nous poserons dans un espace d’inclusion, d’unicité, d’harmonie, de relation, de fragilité, de beauté, dans une qualité, celle de l’être, tant appréciée et pourtant si peu pratiquée. Pourquoi cette troisième étape ? Certainement parce qu’il s’agit de l’invitation et de la destination de ce livre. Et clairement parce qu’il s’agit de l’endroit le plus juste que j’ai trouvé pour regarder tous ces masques et ces personnalités.
Pour cela, paradoxalement, ce livre présente des regards sur la vie, des possibilités de poser autrement notre regard sur les autres et sur nous-même et de trouver d’autres manières d’être. Nous allons partager ensemble à travers la porte d’entrée des archétypes, des mémoires imperceptibles qui ont été préservées, et qui ont un rapport avec la manière dont nous nous sommes incarnés. Loin de figer, nous y découvrirons des espaces de création, des potentiels de vie encore inexploités pour chacun d’entre nous.

(Il est important de souligner que dans ce livre, vous lirez le plus souvent « il », uniquement pour des raisons de grammaire, mais que les masques, la personnalité et l’être représentent un territoire de rassemblement des hommes et des femmes, qui malgré un certain nombre de différences fort revendiquées ou commercialisées, se retrouvent ici côte à côte pour cheminer. D’ailleurs, je vous invite ici à lire ce livre avec douceur….)

Avertissement sur les problèmes de la catégorisation

Peu de personnes apprécient d’être mises dans une catégorie, une étiquette, un type. Pour ma part, je ne m’identifie et ne me reconnais dans aucune des descriptions de typologie. J’ai toujours ressenti qu’une théorie formalisée sur la personnalité ne faisait, au bout d’un certain temps, que nous rendre un peu moins capable dans nos capacités d’observation et un peu plus rigide dans nos possibilités d’action.
Pourtant, connaître quelques règles du jeu, quelques possibilités de forces en présence, quelques constructions et conséquences structurelles existantes autour de nous, nous offre la possibilité de comprendre et donc de ne pas subir les relations, de ne pas les prendre à titre personnel, et de faire de la rencontre avec l’autre une occasion d’enrichissement mutuel…

Si chaque personne est unique et crée sa propre vision du monde, sa propre carte pour s’orienter dans la vie, elle le fait à partir de « matériaux », et de « relevés » déjà existants. Elle crée ainsi des cartes communes à d’autres personnes. De ces cartes se dégagent des forces, des fondations et des ressources, mais aussi des faiblesses, des espaces de tension et des rôles limitatifs. Si en naissant je porte en moi, vivant dans mes cellules, d’innombrables potentialités et possibilités d’être, dès que l’extérieur porte un regard sur moi, il me fixe ! Il me fixe dans mes attentes, dans des rôles, dans des limites qui cristallisent mon énergie sous une forme bien précise. Communiquer avec l’extérieur me demande une peau, plusieurs niveaux de peau, qui me permettent l’interface avec l’Autre. Ces peaux forment mes masques. Elles viennent à se superposer au fur et à mesure qu’un événement me demande une adaptation. Ces peaux me sont utiles, elles font partie de moi, à un niveau conscient et inconscient. Les problèmes commencent pour moi lorsque je m’identifie à ces masques ou lorsque je les dénie. Ces masques sont alors des archétypes qui prennent le pas sur moi et qui m’empêchent de délivrer toute mon humanité. Nos masques ainsi présents sont nés dans les nécessités du moment, heureux ou douloureux, entraînant des espaces d’ombre et de lumière sur notre carte, dans nos comportements.

Il est possible d’en prendre conscience et de trouver les moyens de rendre cela plus fluide et plus libre. Ces cartes se manifestent dans notre vie, notamment dans la communication, et elles se caractérisent par des éléments « typiques » que nous allons pouvoir apprendre à observer et identifier de manière fine. »