» Lorsque nous proposons de regarder des cultures traditionnelles qui ont encore conservé le genre d’esthétique et d’harmonie que nous recherchons à titre personnel, nous affirmons implicitement qu’il existe une sagesse profonde dans l’organisation des cultures traditionnelles qui n’existe pas dans notre société. »

Turtles all the Way Down – Judith Delozier et John GrinderL’oeuvre monumentale de Mircea Eliade « Chamanisme: Techniques archaïques de l’Extase a contribué à populariser le mot « chaman » et la vibration d’un modèle du monde qui à littéralement précédé l’agriculture et la domestication des animaux. Eliade a emprunté le mot « chaman » aux tungus, un peuple de Sibérie Central parce qu’il avait perçu que leurs guérisseurs ou « homme-médecines » manifestaient la vision et les capacités des guérisseurs traditionnels que l’on retrouve tout autour du monde. Il « découvrit » et codifia un phénomène qu’il appela la conscience shamanique.

Cet « état archaïque d’être » a été ignoré ou activement nié au sein des sociétés technologiques et ce dans la mesure où il est basé sur une relation à la vie ne dépendant en aucun cas de l’argent, d’une autorité externe, du temps linéaire, d’une supériorité personnelle ou du fait que l’homme soit placé au sommet de la création.

Heureusement, pour ceux qui luttent contre l’impérialisme Cartésien et Newtonien, il existe encore des praticiens originaux de ces  » techniques archaïques de l’Extase ».

Les qualités de la conscience shamanique sont nombreuses et variées. Plutôt que de parler à propos d’elles, j’aimerais vous présenter mon « Maître », Don Americo Yabar, un Paq’o (shaman) du peuple Q’ero au Pérou. Les Q’ero vivent dans la partie centrale de la cordillère des Andes au dessus de 17.000 pieds et sont les gardiens d’une tradition chamanique qui est restée intouchée par la conquête et préservée des ravages de la colonisation. Don Americo exprime avec éloquence la nature de l’esthétique et de l’harmonie auquel Grinder et Delozier font référence dans notre introduction.

 » Le coeur du chamanisme indien (des Andes) est constitué par « ne pas faire ». Nous venons d’une culture ou les gens font des tas de choses. Par « faire » je veux dire que nous apprenons des tas de choses qui ne servent fondamentalement à rien. C’est bien de faire des choses mais ce n’est pas bien de « ne pas faire ». Vous voyez, notre travail à nous consiste à « ne pas faire  » et à « défaire » de nombreuses choses que nous avons faites.

Pour prendre un exemple, « ne pas faire » c’est regarder les ombres d’une montagne, sentir l’empreinte dans votre corps de quelque chose qui touche votre âme … ou sentir le frisson de la mort dans les ailes d’un oiseau … ou nous embraser de joie  lorsque nous observons un oiseau mouche, le symbole vivant de l’esprit du soleil. Des chose comme ça.

La personne qui est toujours occupée et qui est toujours sur la piste de choses à faire a des mécanismes de défenses très puissants. Elle a peur de fleurir, de s’ouvrir. Elle a peur de briller, de sauter dans l’abîme et de se retrouver à l’âge de l’épée. Nous avons tellement de mécanismes de défenses que nous commençons à avoir peur de la vie. La peur avec laquelle vous vivez tout le temps, dans une relation sadomasochiste, est le plus grand mécanisme de défense qui vous empêche d’accéder à la compréhension profonde. La peur n’est pas un virus venant de l’extérieur et rentrant à l’intérieur. C’est un manque d’harmonie du corps avec la beauté du monde.

Nous faisons partie du monde et de tout ce qui s’y passe. Si vous êtes en harmonie total avec vous-même, avec les gens qui vous entourent ,avec les pierres, avec les montagnes, avec le cosmos, avec tous ce qui est vivant, pourquoi auriez-vous peur ? Donc la peur c’est juste un manque d’amour. Pourquoi avoir peur ? C’est un manque d’amour.

Après cette brève introduction, allons à l’essentiel, au coeur. Quelle est la vision, la cosmologie des gens dans les Andes ? Les Andes sont remplies par des présences . Le Monde indien est peuplé d’esprits, étant clair sur le fait qu’un « esprit » est une énergie vitale subtile qui réchauffe la vie et prenant en compte que l’être de l’univers est la vie. LA VIE ! Chaque chose a un esprit. L’eau a un esprit, la montagne a un esprit, les étoiles ont des esprits, le vent, le père soleil, la mère lune, tous ont un esprit. Et, savez-vous ils font partie de notre famille, tout comme nous. Et tous participent à notre monde réel.

Si nous méditons avec la planète, nous réaliserons que nous sommes assis sur les genoux de Pacha Mama, la mère cosmique. Donc nous sommes enraciné avec l’esprit de la montagne, et nous sommes unifiés à l’esprit du vent lorsqu’il nous apporte la voix des chamans. Nous sommes tous impliqués dans l’existence, une existence qui émerge de Pacha Mama et tend vers le soleil. Nous sommes tous les enfants du soleil. Nous sommes tous enfants de la lune. Nous avons tous notre étoile.

Dans les temps anciens, les gens se réunissaient dans des temples de pierre. Dans leurs temples de pierres ils avaient un contact entre leur peau et la terre. Les temples étaient dédiés principalement aux étoiles, à la lune, au soleil, à tout ce qui nous entoure dans le cosmos.

Maintenant nous réalisons qu’avec la naissance de nos cultures, nous avons permis à notre idée de notre importance personnelle de grandir, abandonnant nos temples aux étoiles pour adopter d’autres religions qui ne sont peut-être pas aussi naturelles.

Il y a une arrogance particulière chez l’homme qui pointe son doigt et traite d’autres hommes « d’animistes » parce que ceux-ci ont gardé un contact avec les pierres et avec la source de l’énergie essentielle de la vie. Qu’est-ce qui est plus près de dieu sinon la pluie, le soleil, les forêts …. toute expression naturelle de cette planète. »

Donc si nous revenons à Grinder et Delozier et que nous nous demandons « Quelle est la nature de la sagesse des cultures traditionnelles qui n’existe plus dans nos sociétés ? »

La différence la plus évidente entre le monde indien et nos sociétés technologiques en général est la différence dans notre relation à l’environnement.
La PNL a émergée principalement de « carte du territoire » et a été conçue pour être appliquée dans un environnement dont nous sommes largement déconnecté. Les présupposés opérationnels à l’oeuvre ici étant que les humains sont séparés de la nature. L’environnement, qu’il s’agisse de votre histoire passée, de votre patron, de votre relation amoureuse, des voix dans votre tête, est quelque chose à maîtriser et manipuler alors que vous gravissez les échelons vers l’illumination, la transcendance ou un poste plus important.

 » L’eau a un esprit, la montagne a un esprit, les étoiles ont des esprits, le vent, le père soleil, la mère lune, tous ont un esprit. Et, savez-vous ils font partie de notre famille, tout comme nous. Et tous participent à notre monde réel. »
Donc dans notre recherche de « sagesse » dont notre culture manque tellement, il devient évident que le premier endroit ou chercher est vers des cultures pour lesquelles « équilibre », « harmonie » et « esthétique » sont des qualités qui expriment la réalité d’individus émergeant d’un environnement sacré au sein duquel toutes choses sont connectées.